Édition 2010

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CHRONIQUES NOMADES : L'EDITION 2010.

Depuis bientôt quatorze ans, le Festival Chroniques Nomades, dédié à la photographie DU voyage, pose la question du « dépaysement » au sens plein, c’est à dire, loin de l’imagerie publicitaire et des clichés touristiques, d’une expérience de l’autre, de sa différence et donc de notre propre identité.

Dans un monde en voie d’uniformisation économique et culturelle ; le Festival Chroniques Nomades s’attache à définir quelle place demeure pour une diversité et une égale dignité des cultures, à  explorer des mondes  que tout sépare et à interroger le produit de leur rencontre : parfois enrichissement mutuel, souvent mise à mal des identités. Il s’interroge sur les raisons qui poussent les hommes, touristes ou exilés, à parcourir toujours plus massivement leur planète. Mêlant grands noms de la photographie et jeunes talents, Chroniques Nomades propose un éventail d’approches qui va du témoignage politique à la recherche introspective, de l’inventaire sociologique à la pure contemplation ou au voyage imaginaire.

Entre deux fascinations illusoires : celle d’un exotisme nostalgique et celle « moderniste » du village planétaire uniformisé, Chroniques Nomades propose des approches fondées sur la rencontre, sur des visions subjectives et complexes de l’Autre. 
Chroniques Nomades 2010 : 14ème festival de la photographie de voyage et d’aventures à Honfleur 

Le festival aura lieu du 26 juin au 29 août 2010 à Honfleur.

Cette quatorzième édition de Chroniques Nomades se déroule dans un contexte inhabituel puisque ce festival dédié à la photographie du voyage se tient simultanément avec la manifestation Normandie impressionniste, avec laquelle il partage son site habituel des greniers à sel à Honfleur. Cette proximité spatiale et temporelle nous a incités à interroger les pratiques photographiques dans leurs rapports avec la peinture, bien sûr, mais aussi avec d’autres modes de représentation, qu’ils soient visuels ou littéraires.
La photographie, par sa nature, offre la possibilité d’une confrontation entre la réalité que le photographe découvre sur le terrain et ses représentations mentales, nourries de son imaginaire personnel mais aussi de ses références à l’histoire de l’art. Ceci particulièrement lorsqu’il se trouve face à un monde étranger qu’il aborde à travers le filtre de sa propre imagerie constituée depuis son enfance. En mettant cette expérimentation de notre perception au coeur de leur travail, certains des auteurs exposés cette année mettent en évidence la plasticité de la photographie : sa capacité à intégrer, dans sa restitution de la réalité, des esthétiques puisées dans sa propre histoire ou dans celle des autres arts qui conditionnent en partie notre vision. Ainsi, plusieurs des auteurs présentés sont peintres et utilisent occasionnellement la photographie comme support : Annie Bottero
pour nous confier sa vision d’une Afrique familiale et heureuse, Patricia Erbelding pour nous narrer un road-movie àtravers l’Ouest américain. La Coréenne Mi Huyn Kim met en oeuvre dans ses photographies raffinées les conceptions de la peinture de paysage propres à la tradition chinoise. Rosa Basurto, pour ressusciter ses « lieux de l’âme », ou Jacques Serpienski, pour ses paysages avec ruines à Angkor, se réfèrent plutôt à la photographie ancienne et à l’imagerie du XIXe siècle. Yushin U. Chang, elle, fait coexister la réalité et le rêve en faisant tenir l’éternité et l’infiniment grand dans un reflet fugitif et minuscule. Avec une pratique moins référencée mais tout aussi peu objective, Zia Zeff, de son côté, s’est consacrée à un autre voyage : celui qu’elle a effectué aux côtés de chamans amazoniens et péruviens qui soignent le corps et l’esprit grâce à une connaissance ancestrale des plantes. Nicolas Cornet qui parcourt depuis des années le Sud-Est asiatique nous invite à une déambulation onirique dans un monde presque irréel où l’eau omniprésente façonne les paysages et les hommes. Laurent Baheux, enfin, en photographiant la grande faune africaine menacée, nous confronte dans ses portraits à cet autre absolu et troublant qu’est l’animal sauvage.
Une question demeure, en fil rouge de ces travaux : comment voir, aujourd’hui, des lieux, des milieux que la littérature, la peinture, le cinéma, toutes sortes d’imageries nous ont rendus familiers avant même que nous les ayons parcourus ?

Claude Geiss